L’énergie pop à bout de voix

@Musikplease

@Musikplease

Deux tournées, trois victoires de la musique, un globe de cristal, deux disques d’or : tout semble sourire à la chanteuse de seulement 22 ans. Elle le dit : « J’ai une très bonne étoile. J’ai eu de très bons parents. J’ai été très bien entourée. » Tout donc ! Tout, vraiment ? Peut-être pas. Dans l’album So Much Trouble, la voix d’Izia perd de l’énergie. Elle se meurt.

Le nouvel opus est plus pop que le premier. Dans Izia, la fille de Jacques Higelin crie, braille même. L’essence même de l’exagération du rock dans les années 1970. La voix s’éteint dans les fins de phrases. La chanteuse semble à bout. Elle se déchire de l’intérieur. Les cordes vocales souffrent. Tout est saturé. So Much Trouble, à l’inverse, laisse découvrir des contrastes, des déchirures. Sur scène, du moins. En studio, le chant s’efface et se noie. Même les instruments perdent en intensité.

Influence

Si Led Zeppelin ou Jimmy Hendrix ont clairement influencé le premier album. So Much Trouble semble plus personnel. En effet, c’est un tour d’horizon qui est proposé au public. Une ouverture 100% rock. Du grunge, ensuite. Et des mélodies à cœur ouvert. Mais toujours cette énergie qui définit la chanteuse.

Izia explore cet univers musical qu’elle connaît si bien. Elle dessine les contours. Elle ajoute les couleurs. Elle indique les variables. Elle détourne les habitudes. Les textes ont grandi. La voix aussi.

Transcendance

« C’est important de mesurer 1m80 quand tu montes sur scène ». Si Izia parle de talons ici, c’est bien sa voix qui, sur scène, fait 1m80 d’intensité. De son gosier s’échappent des rondeurs. Du guttural. Du rauque. Du rock ?

Grande ouverte, sa bouche, pour laisser la métamorphose des notes opérer : du grave à l’aigu, du cri au murmure. L’artiste s’amuse avec chaque octave. L’articulation joue d’oscillations. L’intonation va crescendo. Izia et sa tessiture transpercent.

La diction de la chanteuse semble hachée. Le texte se déconstruit à coup de machettes. Les mots se découpent par inspirations. L’instant d’après, un relief s’installe et frappe. Les paroles sont avalées, mastiquées. Impossible de les distinguer ! C’est ce contraste qui se fait garant de l’amplitude des morceaux.

Avec véhémence, Izia livre un combat de boxe devant ses spectateurs. Si « la scène, c’est un lâchage total » pour elle, l’enthousiasme et le rire au détour d’un refrain entraînent le public sur les places avant d’un manège de fête-foraine dont personne ne veut redescendre.

Décadence

« A quiet shelter / A desert plain » (« un abri calme / une plaine désertique »), promet Izia dans Your Love is a Gift, troisième chanson de l’album. C’est en effet ce qui ressort quand on écoute le travail réalisé en studio. L’album ne retransmet en rien l’énergie et la musicalité de la chanteuse.

L’insonorisation laisse penser à un enregistrement dans le fond d’un garage et sans les boîtes d’œufs au mur pour renvoyer l’écho. Les instruments sont saturés. La voix disparaît. Impossible de sentir et de ressentir la palette de couleurs. Le rendu est noir. Les larsens, vocaux et instrumentaux, parsèment l’album.

Une voix qui s’enroue, se brise, s’éteint parfois presqu’entièrement… Si, en concert, le chant devient à la fois guitare et basse, piano et batterie, s’il guide les morceaux comme une partition dont l’importance est indéniable, il apparaît malmené par l’enregistrement. Les arrangements dérangent, déforment l’harmonie. Le cri final : « I hate you » (« je te déteste ») pourrait s’adresser directement à l’album.

Morgane.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Chroniques

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s