La part de lumière (de la pop’ littérature)

@ The Guardian Photgraph: Eamonn McCabe

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Photgraph: Eamonn McCabe

Tous les ans ou presque, Stephen King nous balance un autre de ses romans. 22/11/1963 arrive en grande pompe, fêtant 40 ans d’une carrière jalonnée de best-sellers. Portrait d’un écrivain à succès.

Stephen King. Un nom que tout le monde connaît, directement ou indirectement. Le bonhomme hante le paysage depuis un bon moment maintenant. Quiconque possède une télévision, va au cinéma ou se promène de temps à autre dans les librairies a forcément approché le personnage d’une façon ou d’une autre. Il est partout.

Roi plébéien

King, un écrivain qui a su réconcilier critique et public. C’est ce qui se dit. Il en a fallu du temps.

King, c’est avant tout un type du peuple. Populaire, trop populaire. C’est ce qui n’a pas du plaire à la critique. Le garçon aime le baseball, la bière, le rock n’roll. Il ne fréquente pas les milieux branchés. Lui, il préfère les gens. Il écrit pour eux, il était et reste l’un d’eux. Il est leur pair. D’ailleurs, il est issu d’un milieu excessivement modeste, ç a du peser dans la balance. ET puis il écrit des romans de gare, de fichus bouquins d’horreur. Pas que, mais il est plus facile de le ranger dans le rayon « horreur, fantastique, gare » que de se pencher sur le large éventail qu’il s’est toujours évertué à proposer.

22/11/1963 est le dernier roman de King. Celui qui a réuni les deux tenants de la littérature sous un applaudissement général, les gens qui lisent et les gens qui critiquent. Le problème, c’est que ça n’a guère plus d’importance pour qui que ce soit que ces derniers se soient enfin rangés à l’avis général. Avec plus de 300 millions de livres vendus à travers le monde, King a déjà réussi son pari et ne quête plus guère l’approbation d’un tel ou d’un tel. Cette réussite, il l’a doit à son côté populaire, certes, mais surtout à cette capacité qu’il a d’échanger avec son lecteur, de lui faire découvrir la part sombre qui sommeille en chacun, qui se cache derrière chaque façade de chaque maison, pollue le cœur de chaque petite ville. En somme, il fait frissonner ses lecteurs, leur offre ce qu’ils attendent et plus encore et parle leur langue vulgaire, mais surtout jamais, jamais, il ne les prend pour des imbéciles. Ici réside sa force.

L’increvable

22/11/1963 est un épiphénomène. Parce qu’il reprend à son compte le voyage dans le temps, la possibilité de changer l’histoire, le spectre de Kennedy. Au-delà de ça, King n’a jamais semblé aussi en forme, increvable après plus de cinquante romans, toujours ivre et assoiffé d’écriture. L’occasion de se demander à quelle fontaine magique il puise sa force.

Machine à remonter le temps : Carrie en 1973, énorme succès de librairie, adaptation de De Palma dans la foulée et renommée mondiale, tout aurait pu s’arrêter là. Il était déjà riche. Dans les années 1990, problèmes d’addictions à la drogue et à l’alcool. Pourtant, même perdu sur Saturne il continue d’écrire : Cujo et Les Tommyknockers sortent sans qu’il se rende vraiment compte de quoi que ce soit. En 1999, il est victime d’un grave accident de la route, fauché par une camionnette lors de sa promenade quotidienne. Il en réchappe, mais la station assise lui cause d’atroces douleurs qui l’empêchent de travailler. Au point de penser à la retraite en 2002. Sauf que non, il ne raccroche pas. En fait, il ne peut tout simplement pas se passer de l’écriture. Voilà son secret, sa force.

King est un bûcheur, un vrai. Un ouvrier de la littérature. Il s’explique dans son essai autobiographique Écriture, mémoire d’un métier, livré peu de temps après son rétablissement, en 2000. Écrire est pour lui une façon fondamentale de communiquer, le meilleur mode d’expression, un moyen aussi de se libérer de ses propres peurs et démons en les couchant sur papier, de partager, surtout. Ses conseils d’écriture sont mis en relief avec une sorte de patchwork autobiographique. Parce que tout est lié. Il l’avoue presque honteusement d’ailleurs. Son truc à lui, c’est de ne jamais s’arrêter, de ne jamais prendre de repos, pas de vacances, toujours écrire. Toujours lire aussi, pour ne pas se concentrer exclusivement sur soi-même. Toujours cette notion de partage avec le monde qui l’entoure. Au fond, King est un artisan, un humble artisan penché nuit et jour à sa table de travail, non pas pour s’écouter parler mais pour dialoguer avec l’univers entier.

Il y a la critique qui félicite son fils prodigue avec quarante ans de retard. Rien à dire à cela, rien à y répondre. Car cette critique est enterrée depuis longtemps pour n’avoir pas reconnu en King la part de lumière de la littérature américaine. De n’avoir pas donné raison à un type qui aime raconter de bonnes histoires au coin du feu pour émouvoir ses congénères comme c’était déjà le cas il y a une poignée de millénaires.

Johann.

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