Q-Pop (Starships, partie 1)

Les premières secondes évoqueraient un clip de K-pop, avec ses excès en tout genre, son déluge de couleurs, une situation initiale en laquelle on ne saurait croire…

Un vaisseau alien traverse l’azur et libère sur la plage l’un des siens. La plage, la seule, l’unique, la plage archétypale de sable blanc et fin, nichée dans une crique pourtourée de rochers gigantesques contre lesquelles viennent s’ébattre des vagues d’un bleu trop bleu. Sur ce concept de plage, apparaît l’hologramme de Nicki Minaj, parée d’un ensemble bonbonesque juste assez étoffé pour couvrir ce que nos normes sociales exigent de couvrir – mais pas davantage. Elle arbore une perruque d’un jaune criard et se dandine telle une strip-teaseuse ivre sous les yeux ébahis de quatre M. Muscle.

Ridi(cul)e

Tout l’est, ridicule. Le terme lui-même semble trop doux. Parce que le ridicule est poussé jusqu’à son paroxysme, au point d’en devenir obscène. Voilà, le juste mot. Obscène. Répugnant, vomitif, immonde ; ce clip renvoie l’espèce humaine à sa plus sinistre expression avec cette femme disproportionnée qui s’agite à quatre-pattes en faisant tressauter son arrière train comme une gelée, dans une parodie de danse nuptiale.

Pourtant, en dépit de la laideur et du mauvais goût évidents, le clip parvient à subjuguer. À tel point qu’avant même de s’en être rendu compte, il aura été vu intégralement. À quoi ne demeurera qu’une sensation de vide teintée d’amertume. Cette sensation, c’est la culpabilité, celle d’avoir regardé l’horreur en face sans avoir pu s’en détacher. C’est une émotion proche de ce qu’on appelle la curiosité morbide, peut-être l’une des facettes les plus obscures de l’être humain.

Si je suis un monstre, tu l’es aussi

Les limites du ridicules sont dépassées, repoussées, transcendées. L’obscène laideur devient entêtante litanie. Le spectateur se retrouve prisonnier d’un rite satanique. La vidéo met à nu et exhibe le noirceur caché au plus profond de son âme et lui rappelle son animalité. Nicki Minaj, debout ou à quatre-pattes, c’est la Bête, le monstre tentateur, le démon de l’excès. La métaphore erotico-aquatique omniprésente et grotesque devient acceptable puisqu’ici tout n’est que sexualité exacerbée, lucre innommable.

Nicki Minaj est monstre au même titre que le genre humain est monstrueux par nature, une créature hypocrite trop sensible à la perversité, trop vite berné par elle. Il y a dans ce clip beaucoup à apprendre de l’humanité et de ses ténèbres. Le vidéaste fait revivre à sa manière le conte d’Hansel et Gretel : l’île acidulée est la maison en pain d’épice, Nicki Minaj est la sorcière. Sauf qu’il porte un regard tout à fait désabusé sur celui-ci, ne prenant à aucun moment la peine d’en ressortir quelque morale. Comme si les enfants étaient irrémédiablement condamnés à se jeter à pleines dents sur cette maison, et l’humanité à croquer la pomme.

Johann.

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Classé dans Chroniques

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