Le monopole, c’est le Monopoly

Le jeu de plateau Monopoly

Le jeu de plateau Monopoly

L’icône du jeu de plateau, c’est le Monopoly. Le jeu de plateau ayant eu le plus de succès, c’est le Monopoly. Le jeu de plateau auquel personne ne veut jouer, c’est aussi le Monopoly.

Le paradoxe a une explication. Le nombre de joueurs peut être élevé, la « case prison » ne favorise guère la mobilité des pions (et par là le rythme), la « case départ » ne cesse d’enrichir les adversaires de 20 000 F (ou de 200 € selon les générations)… tout cela éternise les parties ! Voilà un intéressant concept ! jouer à un jeu dont le but est de gagner sans pouvoir en avoir le temps. C’est comme écrire un roman pour nourrir un feu de cheminée.

Fi ! le Monopoly reste une source de plaisir entre amis ou en famille. Il distrait, il génère des conversations, des débats, des disputes, des divorces. Le joueur ayant acheté la « rue de la Paix » s’attire la malédiction des autres – les mêmes autres qui subtilisent 10 000 F à la banque et les cachent sous la table. Ah ! ces tableaux sont connus et demeurent de bons souvenirs ! Sauf pour les divorcés.

Le Monopoly plait, personne ne peut le contester. Mais fichtre ! pourquoi ? Un jeu dont le concept est de ruiner son prochain – voilà qui est aimable ! D’où peut venir le plaisir de faire le Mal ? C’est sous cette question que se trouve la fibre géniale de ce jeu de société. Il fait appel aux bas instincts, à l’égoïsme de l’Homme ; il fait appel au principe du monopole. Tout pour soi, rien pour les autres. Dans une société commandée par le capitalisme et les lois du marché, ce jeu ne pouvait être autre chose qu’un succès. Le Monopoly est l’invention d’une visionnaire.

Mais il ne faut pas le regarder comme le vecteur d’une propagande orchestrée dans le cadre d’un complot visant à pervertir les foyers. Au contraire. Au contraire, la créatrice initiale du Monopoly (qui s’appelait The Landlord’s Game alors, Le Jeu de la terre des seigneurs en bon Français), Elizabeth Magie, n’avait pour intention que de dénoncer la « nature antisociale du monopole » en glissant les joueurs dans la peau de traders sans foi. Ce pourquoi ladite créatrice n’a pas non plus hésité à donner ses droits pour quelques sous à la firme qui édite le Monopoly :  le message que porte le jeu va au-delà des préoccupations pécuniaires.

Message entendu par les joueurs puisque, pour les inconditionnels prêts à sacrifier une nuit pour une partie, l’intérêt vient de la contemplation, un éclat de jouissance dans le regard, de son opposant mettant sa « rue de la Paix » en hypothèque. Le jeu de plateau du plaisir coupable, c’est encore le Monopoly.

Jérémy.

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