J’irai cracher sur vos contes

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© Once Upon a Time

Depuis le 23 octobre 2011, ABC diffuse Once Upon a Time, une série basée sur les contes de fées qu’elle revisite allègrement. Ô joie.

Il était une fois au pays de la télévision, une série qui débordait de bonnes idées. Oui. Mais non.

À la base cela consiste à surfer sur la mode des contes qui sévit aux États-unis.

Le cinéphile aura eu l’occasion de voir, avec Blanche Neige et le Chasseur, Rupert Sanders dézinguer le conte de Blanche-Neige, mais aussi plus largement de dire aux amateurs de cinéma d’aller se faire voir. En ce moment sur les écrans, il y a Hansel et Gretel 3D. Merveille des merveilles, il suffit de voir la bande-annonce pour tout comprendre au film et constater que, quitte à dépenser 10 euros, il vaut mieux les investir dans une pizza et s’installer devant un match de ligue des champions.

D’emblée, la planche de Once Upon a Time ne fleure pas bon le salut.

Les mecs, j’ai une super idée, on va faire une trop bonne série familiale qui va trop cartonner

Il fallait bien que quelqu’un propage la maladie au pays de la télé cablée. C’est ABC qui a contracté le virus. Edward Kitsis et Adam Horowitz ont débarqué en grande pompe avec leur blouse d’apprenti-chimiste, leurs tubes à essai et leurs seringues : « Il y a un truc à faire avec ce filon-là », qu’ils ont dit. Amen.

Le plus triste, c’est qu’il y avait de l ‘idée derrière tout ça.

Ils n’ont pas voulu faire comme les copains du cinéma, qui ont dénaturé les contes à coup de testostérone en fomentant des pseudo-épopées qui n’ont pas lieu d’être. Ils se sont dit : « On va garder les fondements, et s’en servir pour créer un concept, les renouveler et les réadapter à notre lot quotidien. » Ainsi a jailli du néant la ville de Storybrooke, où sont transposés pêle-mêle les personnages de contes. C’est le XXIe siècle, les Jiminy Criquet, Prince Charmant et Petit Chaperon Rouge ne savent plus qui ils sont, ils mangent au fast-food, organisent des kermesses, cancanent joyeusement. Le nœud de l’histoire est qu’ils se sont retrouvés là à cause du maléfice de la méchante sorcière de Blanche-Neige. Elle ne supportait pas leur bonheur.

Oublié le « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », ils vivent désormais les vies minables de tout un chacun sous le joug du maire-dictateur, la reine elle-même. L’impossibilité d’être heureux et le temps qui s’est arrêté : une nouvelle idée de l’enfer. Les premières minutes laissent à penser que ça pourrait marcher et qu’il y a quelque chose à tirer de cette histoire.

Sauf que ça ne marche pas…

…mais alors pas du tout. Emma Swan débarque de Boston et vient fourrer son nez dans les affaires de Storybrooke. Le truc déraille, la vague se brise sur un récif.

Court exposé du problème : Emma est la fille de Blanche-neige, mais aucune des deux le sait, et puis comment le deviner puisqu’elles ont le même âge. Il y a aussi Henry, le fils qu’Emma a abandonné. Il a été adopté par le maire-reine-dictateur-chefabsolucorrompu. Henry, lui, il sait la vérité sur Storybrooke, parce qu’il a un livre qui le lui dit. Emma veut récupérer Henry, la reine ne veut pas qu’Emma récupère Henry, Henry veut rétablir les fins heureuses avec l’aide d’Emma qui ne croit pas à ce qu’il raconte, et la reine ne veut pas rétablir les fins heureuses, et puis il y a Blanche-Neige, qui s’appelle maintenant Marie-Margaret Blanchard qui veut se farcir David Nolan, qui est le Prince Charmant, ce qui est une super idée puisqu’il est à la fois dans le coma et marié à la fille du roi Midas qui ne sait pas qu’elle est une princesse et qui s’appelle maintenant Katrhyn Nolan. Comme ça, c’est terrifiant, quoique toujours compréhensible ; sauf qu’il y a cette odeur de mélo qui flotte dans l’air et pollue l’atmosphère.

Le problème, c’est que les scénaristes se perdent vite dans les méandres de leur création… Voilà que la série dérape. Elle tombe dans le soap opéra sans saveur. L’intrigue principale, rétablir les fins heureuses, est vite occultée au profit d’intrigues d’amoureux sans intérêt, de rebondissements qui n’en sont pas, d’historiettes de midinettes et d’analepses à la mords-moi-le-noeud.

« Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui », Sacha Guitry

Ou bien ne plaire à personne.

C’est le défaut de cette série. Elle se veut familiale, elle veut plaire à tout le monde. Elle évoque le Terra Nova de Spielberg, qui s’est magistralement crashé à force de ne pas suivre de ligne claire. Lui aussi il voulait plaire à tout le monde.

Once Upon a Time part d’une idée qui n’est pas si mauvaise et propose un divertissement qui parvient à jongler entre le monde des contes et le « monde réel » et nous fournit quelques personnages qui s’étoffent au fil du récit. Pourtant, ce même récit s’éparpille, ne poursuit pas clairement son objectif, s’oublie en court de route, s’attarde gentiment sur les amourettes de pince-mi et pince-moi, essaye de diluer la dureté initiale des contes… quitte à présenter au final un brouet fadasse.

Il n’y a retenir de Once Upon a Time que de bonnes intentions, et l’ennui qui s’installe petit à petit.

Quand Sanders et consorts auront tué les contes par des épopées imbéciles, Edward Kitsis et Adam Horowitz, eux, les auront piétinés de consensualité nauséabonde. Voilà l’Occident qui conchie sur sa vieille culture populaire et se demande déjà ce qu’il pourra détruire ensuite.

Johann.

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2 Commentaires

Classé dans Critiques

2 réponses à “J’irai cracher sur vos contes

  1. Trotot caroline

    Bravo, c’est drôle et convaincant. J’ai pas bien compris qui couchait avec qui donc je vais m’en tenir à mes séries habituelles. Juste une remarque un peu pédante, « conchier » est transitif direct chez Rabelais; l’écolier Limousin conchie toutes ses chausses. Je ne me souviens pas d’emplois avec sur. Et je ne l’ai trouvé ni dans Littré, ni dans mon vieux petit Robert, bizarre…

  2. Très bon titre, et belle palette lexicale : c’est un plaisir. Vous m’avez convaincue, je ne verrai jamais Once upon a time.

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