Il était une voix dans l’ouest

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© Live Free or Die Hard

Patrick Poivey est doubleur, il est la voix française de Terence Hill dans On l’appelle Trinita ou celle de Tom Cruise dans Top Gun et Magnolia. Il est surtout le doubleur incontestable de Bruce Willis, contribuant, au fil des ans, à faire de l’homme un être mythique.

Lorsque les temps sont durs, que les ténèbres semblent prêtes d’engloutir le monde, que tout espoir s’est envolé ; il surgit. Chevalier solitaire au crâne luisant, ses seuls compagnons sont les pistolets qu’il porte à la ceinture. Il incarne le sauveur universel, James Cole, Harry S. Stampe, David Dunn, l’archétype du héros légendaire invincible à moins qu’il ne se sacrifie pour sa communauté.

Le dernier pistolero

Il est le dernier cow-boy. Nul besoin d’avoir joué dans un western pour cela, parce que non, il n’a jamais joué dans aucun western, Bruce Willis. En vérité il tiendrait davantage de la réincarnation du mythe américain, un pistolero justicier à l’heure des buildings et des mégalopoles.

Gonflé à la testostérone, il n’est pas pour autant body buildé comme certains de ses comparses, et n’a pas besoin de paraître à demi-nu pour exhiber un pectoral de G.I Joe à cinquante ans passés. Sa voix lui suffit, elle est son arme secrète. Un Samson qui ne tire pas sa force de sa chevelure, auquel cas sa carrière se serait bien tôt arrêtée, mais du calme communicatif et enjôleur de sa voix monocorde. Il se fait héraut des jours de gloire et de paix, il parle comme d’autres joueraient de leur six-coups. Si jamais il en vient à « flinguer un hélicoptère avec une voiture », il suffit pour lui de dire gaillardement qu’il n’avait plus de balle, et la chose devient crédible. La magie du verbe, la magie du mythe.

Hommage à l’aède

Il convient de rendre hommage à Patrick Poivey qui a contribué à ériger le mythe. Cela peut sembler un peu paradoxal, mais c’est bien la voix qui met en scène la légende, à la manière de l’aède, du conteur des temps immémoriaux. Elle est sa force et sa faiblesse, renvoie autant à sa hargne et à sa volonté qu’à la fragilité inhérente au personnage. Sa voix le caractérise au point de devenir la manifestation du calme et de la sagesse, de se faire chantre de sa réussite. Elle le galvanise dans Die Hard et rend la victoire possible à partir du moment où il énonce, presque calmement, un « Youplah boum, enfoiré ».

Dire Youplah boum, enfoiré, le dire aussi singulièrement que Patrick Poivey, c’est appuyer sur la gâchette, c’est faire tout exploser. Un pistolero du langage, en somme.

Une voix, une phrase, et l’homme devient un mythe.

Johann.

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