Elsa : « Chaque créateur est hors-norme »

Elsa, vendeuse dans une boutique de lingerie et créatrice de mode, parle de son expérience et de ses envies. Assise dans ce lieu cosy, crayon à la main, carnet sur les genoux, elle appréhende cette interview, inédite pour elle.


Quel lieu ! Vous venez toujours travailler ici ?

Oui ! C’est calme et vivant à la fois. J’aime cet endroit. Je n’ai pas besoin de silence pour créer. Cela me change de ma vie d’avant. Quand je préparais ma licence, il y a trois ans, j’étais un vrai rat de bibliothèque. Je passais des heures enfermée. Les discussions des autres me dérangeaient. Maintenant que je suis libre, je préfère être entourée.

Vous ne vous sentiez pas libre avant ?

En réalité, même si j’aimais ce que je faisais, j’étais piégée dans une sorte de moule… Aujourd’hui, je n’ai plus d’obligations.

Pourtant, je crois savoir que vous avez un travail…

Je vous l’accorde ! Mais je suis plongée dans ce qui me passionne : les vêtements, la lingerie. Mes études, tant de mathématiques que de droit, me coupaient de la mode. En tant que vendeuse, je vis dans ce monde.

Vous parlez d’un « monde »… Que représente la mode pour vous ?

De nombreux créateurs y virevoltent. Ils inventent leurs lignes, leurs collections, leur style. Ils ne sont pas formatés… C’est un microcosme ! Je suis comme eux : je crée, je tente, j’invente, j’essaye d’innover. Mais c’est difficile de percer…

Même en s’inscrivant aux concours qui aident les stylistes à se lancer ?

Leur existence est une très bonne chose. C’est un tremplin pour les artistes. J’ai hésité à m’inscrire à certains festivals ou même au concours proposé par Elle.

Pourquoi ne pas avoir osé ?

Je ne m’y sens pas à ma place. Être jugée sans cesse, devoir se défendre… Si j’échoue, cela me donnera l’impression que ma carrière est finie avant même qu’elle ait commencée.

Vous ne présentez jamais vos créations ?

Si, bien sûr ! Il m’arrive fréquemment de faire aboutir les choses et d’aller montrer mon style dans certaines boutiques. Parfois ça plaît, parfois pas.

Vous adaptez-vous en fonction des critiques ?

Jamais ! Je ne cherche pas, pour l’instant, à placer mes habits partout. Si les gens n’aiment pas, je ne peux pas les forcer, mais je refuse de me formater pour eux.

Qualifieriez-vous ce que vous créez de « hors-norme » ?

Chaque créateur est hors-norme. Mon style est très marqué. Je fais des choses familiales. Je pars d’un modèle, je limite les couleurs, j’évite les messages et je dérive mon support pour que chacun – enfants, parents, grands-parents – puisse s’habiller de la même manière sans paraître démodé.

Comment adapte-t-on un vêtement à une famille entière ?

Je varie les tissus et les formes : de la dentelle pour Mamie, une ouverture sur la jambe pour Maman, un col en V pour Papa… J’ai même créé un tee-shirt bavoir pour bébé ! On a l’impression que c’est un simple haut, mais le revêtement est en plastique, ce qui permet de replier le bas sans problème. Fini le lavage incessant, un coup d’éponge et le problème est résolu.

Vous cherchez à renouveler le milieu de la mode.

Non, je fais des choses plus classiques. J’adore dessiner des robes ou des pantalons. J’essaye de tout tenter pour trouver ce qui me passionne le plus.

Vous intéressez-vous à la lingerie ?

J’aime la lingerie ; la porter, la regarder… Mais comment veux-tu que j’en crée pour des bébés ?
Je trouve que les collections sont trop axées. Des ballerines, des robes, des costumes… Mais il n’y a pas d’unité. Je pense à mon cas : mon père avec ses chaussettes dépareillées à côté de ma mère en petit tailleur… Cela ne s’accorde pas. Mon idée, c’est de mettre un réel esprit de famille dans toute une ligne de vêtements, que l’on se dise : « tiens, ils s’habillent chez le même créateur ».

Ne craignez-vous pas que cela fasse trop « cliché » ?

C’est justement le problème ! Nous sommes individualistes. Je me dis que, par la mode, on peut retrouver une cohésion. C’est peut-être l’un de mes espoirs fous…

Je vous vois bouger votre crayon…

Mon crayon me démange sans cesse. Même au travail il m’arrive de prendre une pause pour répondre à ses exigences. D’ailleurs, si vous avez terminé, je vais le laisser opérer.

Morgane

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1 commentaire

Classé dans Interviews

Une réponse à “Elsa : « Chaque créateur est hors-norme »

  1. JPH

    Bonne interview, Morgane. De bonnes questions, qui permettent d’entretenir un dialogue vivant où l’on sent la passion de votre interlocutrice pour son métier.

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