Le « nouveau France » : nouveau, vraiment ?

Nouveau France

Image virtuelle représentant le « nouveau France »

Ce février à l’Atelier du France, l’armateur Didier Spade et son équipe ont deux objectifs : « structurer le travail accompli », puis « préparer l’accueil des investisseurs » dans le projet du « nouveau France », destiné au lancement d’un paquebot d’exception à l’image du France de 1962. Les deux sésames de tout un programme.

De fait, le « nouveau France » a l’ambition de devenir « par son architecture, différent de tous les autres paquebots » ; la publication en 2011 d’images virtuelles l’illustrant le confirme. Dès le premier coup d’œil, sa silhouette à nulle autre pareille s’inscrit dans la mémoire sans ne jamais se faire oublier. Le corps du navire, dont les lignes ont été émoussées pour soutenir l’élégance et la finesse de sa forme, est monté, couronné de deux superstructures imposant leur majesté de leur taille, de leur ampleur et de leur force. Ce sont d’ailleurs ces superstructures qui marquent l’esprit et donnent son identité au bâtiment. Ce sont elles qui, à l’horizon, feront dire aux regards : « Voilà le France ! ».

Le « nouveau France », un navire qui parle

Mais la singularité de son architecture ne tient pas seulement de l’esthétique ou de la vanité d’être unique. Le « nouveau France », malgré son caractère, n’a nulle appétence. Son « ambition est […] de porter par delà les océans la différence française », explique Didier Spade, ainsi que « le raffinement de son art de vivre ».  Et pour preuves : la sobriété et la pureté de ses traits évoquent l’idée de ce « raffinement », entendu par les architectes dans son acception première ; l’allure de la poupe lui donne un mouvement de légèreté, d’élancement, qui traduit l’insouciance et la vigueur du pays de la Liberté. Toute l’architecture du navire est pensée pour incarner la parole et le visage de la France à travers le monde, et non la façade d’un bâtiment ne cherchant qu’à exprimer, par égocentrisme, sa propre beauté. Le « nouveau France » est un navire qui parle, qui communique, s’ouvre à l’autre.

En témoignent les huit ponts-promenade striant les flancs du paquebot, exposant celui-ci et ses passagers à l’air marin ; ses deux superstructures de verre laissant le soleil et le paysage s’intégrer à la vie du navire ; les 1500 m² de jardin palmeraie, situés au niveau du pont, et n’ayant pour toit que le ciel ; et la poupe qui, s’ouvrant sur toute son étendue jusqu’à la ligne de flottaison, abolit ainsi le systématisme voulant que les voyageurs soient coupés de l’océan sur lequel ils naviguent. Par ironie du sort, en se faisant l’ambassadeur de son pays d’origine à travers son architecture, le « nouveau France » remet en question ce que doit être l’architecture des autres paquebots. Il « marquera le retour à un style de croisière où la qualité l’emportait sur la quantité » affirme Didier Spade ; cette philosophie s’applique aussi à sa structure.

Le « nouveau France », une icône du paradoxe français

Cependant, le mot « retour » ne doit pas être pris avec légèreté. Le navire, pour représenter la « différence française », la représente dans sa grâce et sa fraicheur, autant que dans sa tendance à la réaction. Ses deux superstructures attestent la créativité de l’architecture, quand elles évoquent, par ailleurs, les cheminées du France de 1962. Une contradiction des tempéraments parmi d’autres. Par souci d’« écologie », la proue a été étudiée pour « minimis[er] la résistance à l’avancement », mais son gaillard d’avant, en bois, rappelle ceux de la première moitié du XXème siècle. Sa coque est blanche, dans l’air du temps, mais pour la France, promotrice de la République, c’est la couleur de la monarchie, de la royauté. Autant d’antithèses qui traduisent moins une originalité qu’un paradoxe français : dans son concept, le « nouveau France » a réussi sa mission, il est le représentant de la France. Il est le représentant de la France, jusque dans ses antinomies ; il veut révolutionner l’architecture navale, par contre-révolutions.

Jérémy.

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