La géologie des visages

Consensus

Artiste plasticien expérimenté, Christophe Alzetto a accepté le temps d’un entretien de revenir sur sa vocation d’artiste et sur son univers dans lequel « matière et signe se disputent la prédominance ». Le spectateur se retrouve plongé dans un entremêlement de couleurs et de matières d’où émerge un « amas de formes parmi les formes », le visage.

D’où vient votre envie d’être artiste ?

Très solitaire, j’ai passé mon enfance à faire de la bande dessinée; mais aussi à inventer au moyen de bric et de broc dans les caves et les greniers, à créer des morceaux de musique et d’autres choses de ce genre. J’ai eu conscience très tôt que tout ce que j’aimais se résumait à la création. Plus tard, je suis rentré en arts appliqués et j’ai commencé à découvrir l’existence de cette étrange question qu’est « l’Art ». J’ai enchaîné avec les arts plastiques à l’Université, passant d’une approche très pragmatique à quelque chose de beaucoup plus questionnant. Puis tout en me tournant progressivement vers l’enseignement, j’ai fini par avoir assez de recul sur moi-même pour faire une synthèse de mes pistes intimes dans le domaine de la création. Il m’a cependant fallu encore quelques années après mes études pour que je trouve mon travail assez mûr pour une exposition régulière au grand jour. Je n’ai pas vraiment voulu devenir artiste, ou je n’en avais pas conscience. C’est une étiquette qui a fini par convenir à mon activité.

Votre sujet de prédilection semble être le visage féminin, pourquoi ?

Comme je l’ai mentionné, mon parcours a commencé par la bande dessinée. Ce qui me fascinait le plus, c’était cette plasticité magique des visages dessinés, j’étais émerveillé de voir que le plus infime changement de trait pouvait à ce point en modifier l’expression. Cela a fondé mon intérêt pour le visage. L’adolescence a progressivement érotisé cette recherche: je cherchais la ligne, le regard qui me procurait de l’émotion et ceci est devenu une activité obsessionnelle. Plus tard, lorsque j’ai voulu trouver ce qui me motivait vraiment dans une recherche esthétique, j’en ai tiré les leçons.

Il semble toujours s’échapper de vos toiles une certaine forme de chaos duquel jaillissent les visages que vous peignez.

Le thème de l’émergence du chaos est effectivement essentiel dans mon œuvre. Le chaos n’est pas le hasard, il a une organisation, juste trop complexe pour être perçue comme un système mais le sens émerge toujours du chaos. Plus concrètement, pour ce qui est de ma peinture, je m’intéresse à la façon dont le cerveau construit l’idée de visage, et ce qui le séduit. Ce que l’on nomme visage est un amas de formes parmi les formes, et pourtant son statut est plus spécifique que n’importe quelle autre, nous en avons un traitement hautement fantasmatique. Plus que pour tout autre objet, c’est de la rencontre chaotique de nos sens et de nos résurgences qu’émerge l’image mentale du visage. Dans ma peinture, le fait que l’espace externe (fond) et celui du visage (forme), lieu de l’intime, du mental et du construit, soient perméables et pas toujours distincts, est extrêmement significatif.

Et quels sont les matériaux que vous utilisez dans vos productions ?

La peinture obéit à la mécanique des fluides et le geste a parfois plus d’importance que la matière. Sinon, je travaille bien évidemment avec toutes sortes de matériaux filandreux ou tissés comme des draps, des cordes de guitare, des tuyaux ou de la toile de jute. J’affectionne également la résine de colle que l’on fait couler brûlante et qui se fige aussitôt, ou encore la peinture glycéro, à la plasticité très particulière. J’ai aussi mes petites recettes secrètes, il m’arrive d’ailleurs d’inclure certains griffonnages de visages féminins que je ressors de vieux coffres pour les fondre, les noyer dans la masse de mes travaux actuels. C’est en quelque sorte une mise en réseau de différentes époques de ma vie.

Votre dernière exposition intitulée Passages était pour le moins singulière, pouvez-vous nous en parler ?

L’exposition Passages profitait d’un lieu immense et d’un temps d’exposition suffisant pour mélanger des thèmes et moyens d’expression qui me tiennent à cœur : labyrinthe, passages secrets et lieux cachés dans lesquels étaient exposés peintures, assemblages, modelages, vidéos. À cela sont venus se greffer des textes jalonnant le parcours et de la musique composée spécialement pour l’exposition. L’enchevêtrement qui compose de façon omniprésente mes toiles de visages, mes séries abstraites Lisières ou mes autres œuvres, pose tout autant la question du passage, de la connexion, de la limite, de l’accès. Dans cette exposition tout était pensé pour s’interconnecter et créer un réseau de sens dans lequel le visiteur voyagerait à l’infini, consciemment ou non.

Exposition

Exposition Passages

Quels sont vos projets à présent ?

Il me reste du travail pour gérer les retombées de l’exposition Passages et des commandes à honorer. J’ai quelques nouvelles pistes que j’aimerais explorer depuis longtemps. J’ai envie de me remettre au dessin pur et de mettre l’accent sur la musique aussi. J’ai en outre de plus en plus envie de toucher au court-métrage, un domaine que je n’ai pas encore véritablement abordé. Quant à mes projets d’exposition, cela dépend beaucoup des lieux qui me sont proposés. J’aimerais en trouver un à Paris qui soit particulièrement motivant, qui me fasse rêver à de nouvelles idées de parcours.

Pour suivre le travail de l’artiste :
http://www.christophe-alzetto-artiste-plasticien.com

Pour l’acquisition d’œuvres :
http://www.christophe-alzetto.com

Rudy.

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1 commentaire

Classé dans Interviews

Une réponse à “La géologie des visages

  1. JPH

    Excellent. Très professionnel, et cela donne une interview où l’on entend vraiment un artiste parler de son travail. Ecriture soignée, bravo.

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